Les best-seller

Les best-seller

Aujourd'hui, je voudrais revenir sur l'article de la semaine dernière à propos de ma recette miracle pour écrire des best-seller.

En effet, j'aimerais aller un peu plus loin dans la réflexion et, si le cœur vous en dit, peut-être même en débattre avec vous.

L'envie de vous parler de ce sujet m'est venue de plusieurs articles lus et de diverses discussions que j'ai pu tenir sur des forums ou sur les réseaux sociaux. Dans ces articles et discussions, il était question d'optimiser son histoire en suivant des canevas afin d'en assurer la commerciabilité de son roman. En somme, il s'agit de transformer le résultat de votre art et de votre travail en vulgaire produit de consommation.

En toute honnêteté, c'est une démarche contre laquelle je m'insurge. Je n'ai rien contre le fait de vendre nos livres, ni que ces derniers fonctionnent au point de devenir des best-seller. Non, ce qui me scandalise, c'est de tout faire pour plaire aux autres au point de se plier à toutes les demandes d'autrui et de s'oublier soi-même.

L'écriture est un art et doit rester, pour moi — j'insiste : il s'agit de ma vision des choses Wink —, l'expression de nos envies, de nos opinions et de nos ressentis. Si on a envie de suivre une mode parce que les thèmes du moment nous inspirent, pourquoi pas ? Mais je pense que se forcer à surfer sur la vague — j'entends bien s'imposer l'obligation d'écrire en suivant la mode et non l'envie d'écrire en suivant la mode — dans le seul but de vendre est méprisable. De la même manière que je méprise les films qui ne sont là que pour le fric.

Mais je vais m'arrêter là ! Je suis capable de vous pondre une tartine indignée qui n'apportera pas grand-chose de constructif.
Entrons donc dans le vif du sujet.

Qu'est-ce qu'un best-seller ?

Le best-seller, de l'anglais américain et qui peut se traduire par meilleure vente, désigne un livre qui se situe dans le top des ventes et des empreints en bibliothèque. Le Larousse le définit comme un livre à forte vente ; un grand succès de librairie ; un gros succès commercial.

Le concept de best-seller est récent car il demande de l'éditeur :

  • une capacité à produire d'énormes quantités de livres
  • la possibilité de distribuer une grande quantité de livres à un grand nombre de librairies
  • de réussir à mesurer et calculer ces quantités produites, distribuées et vendues
  • de transmettre les informations voulues à de très nombreuses personnes

Tout cela n'est possible qu'avec les technologies modernes qui permettent de gros tirages, des livraisons efficaces et une communication étendue grâce, entre autres, à internet et aux réseaux sociaux.

Comment fait-on un best-seller ?

Je vois beaucoup de commentaires dire qu'il faut se baser sur telle ou telle théorie de canevas narratifs pour fabriquer une histoire qui séduira les éditeurs et qui rapportera des millions.
Premier conseil : si vous courrez après la richesse et la gloire, évitez le métier d'écrivain, vous êtes mal barrés. Entre les pauvres 10% que vous toucherez sur le prix de votre livre et sa durée moyenne de vie de 3 semaines en librairie, les millions ne sont pas près d'arriver dans votre poche.
Le problème de ces canevas narratifs c'est que, bien souvent, on se contente d'appliquer une théorie abrégée et sortie de son contexte. Ce qui revient à essayer d'ouvrir une noix avec un diamant brut : on a un trésor entre nos mains mais on ne l'exploite pas comme il faut parce qu'on ne sait pas ce que c'est. Ainsi, voici mon second conseil : si vous souhaitez vraiment écrire en suivant un canevas, allez le chercher à la source et étudiez-le, ne vous contentez pas de résumés ou d'infographies sur Pinterest, achetez le ou les livres de référence et lisez-les attentivement afin d'en comprendre tous les tenants et aboutissants.

Au risque d'en choquer quelques uns et de détruire les rêves d'autres, je parle de fabriquer un best-seller et non de l'écrire. Tout simplement parce que, le plus souvent, le statut de best-seller est octroyé par une mécanique bien huilée plutôt que par la réelle qualité artistique d'un livre.

Ce qui fait vendre un livre est rarement la qualité du style, de l'intrigue, des personnages et/ou de l'univers (ce que je définis comme étant Les 4 piliers d'un roman), mais surtout le résultat d'un important effort marketing pour promouvoir le livre en question.

Quand, dans le point précédent, on voit les mobilisations importantes nécessaires pour assurer le succès d'un livre, on se rend vite compte que seules les grosses structures ont les moyens de gérer le marcher des best-seller.
En ça, un best-seller est donc, le plus souvent, porté par une campagne publicitaire considérable et un effet de mode plutôt que par une réelle qualité. Le statut de best-seller est donc, le plus souvent, un but commercial visé par un éditeur.

Il arrive, en revanche, que certaines histoires sortent du lot sans véritables raisons apparentes et sans être portées par une grosse publicité. Ce fut le cas pour Harry Potter ou Les Étoiles de Noss Head pour lesquels se développa un engouement incroyable alors qu'ils étaient édités chez de petits éditeurs (Bloomsburry qui venait d'ouvrir sa collection jeunesse au moment où J.K. Rowling leur a soumis son manuscrit, puis chez Folio Junior en francophonie pour le premier et Rebelle Éditions pour le second). Je pourrais encore citer Les Gens heureux lisent et boivent du café, Cinquante Nuances de Grey et bien d'autres.
Ces livres-là font partie de la catégorie de ceux qui répondent à des besoins des lecteurs, le besoin de lire autre chose ou, dans le cas des Étoiles de Noss Head, le besoin de prolonger un univers qu'on a adoré.

En toute honnêteté, seuls les best-seller de la seconde catégorie m'intéressent vraiment. Car ils sont propulsés en tête des ventes par les lecteurs et non par une volonté que je qualifierais de cupide. Ceux fabriqués de toutes pièces par les éditeurs n'ont, pour moi, que bien peu de valeur réelle.

Mais qu'en est-il chez les petits éditeurs et les auteurs auto-édités ?
Comme vu plus haut, pour fabriquer un livre à succès, il faut de gros moyens. Ce dont les petits éditeurs et les auteurs indépendants manquent cruellement. Seulement, ça ne veut pas dire que leurs livres sont dénués d'intérêt pour autant. Cela signifie seulement qu'ils n'ont pas les capacités logistiques et financières pour assurer de grosses campagnes publicitaires ou une large distribution en librairie (déjà que les libraires préfèrent mettre des livres de grosses maisons en rayon, réussir à les convaincre de mettre des petits frise le miracle).

Forts de tout ça, je voudrais vous donner mon troisième conseil : la recette que je vous ai donnée la semaine dernière est, selon moi, la seule recette qui vaille pour écrire un livre qui pourrait devenir un succès. Écrivez sans vous inquiétez de ce que les autres veulent, on ne sait jamais, sur un malentendu ça peu marcher Wink


Je le répète une dernière fois : cet article ne reflète que mon avis personnel et non une vérité universelle ! Wink

Quoi qu'il en soit, j'espère qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me faire part de votre opinion dans les commentaires ! Biggrin

Commentaires

Tout est dit.

(Commentaire peu constructif, certes, mais devant tant de bon sens, je ne vois pas quoi ajouter.)

Waw !

Venant de ta part, ça me touche beaucoup ! Smile
Merci ! ^_^

;)

Mais du coup j'ai découvert l’existence de ces canvas...

On a pourtant vu ce que ça donnait à Hollywood :/

Justement, Hollywood pratique une application brainless du canevas de Vogler, par exemple.

Je n'ai pas (encore) lu Le Voyage du héros, mais je sais que Vogler va plus loin dans ses théories que simplement définir un schéma-type et des archétypes insipides. Daren Aronosky (réalisateur de π et Requiem For A Dream, notamment) et Alexandre Astier se basent pas mal sur son travail. Pourtant, chez ces deux-là, ça ne donne pas de la merde Wink

Georges Lucas a, lui aussi, travaillé avec Joseph Campbell par rapport à sa théorie à propos des mythes pour Star Wars.

Les schéma narratif et actionnel sont aussi des canevas.

Le tout avec ces canevas c'est de réfléchir quand on travaille avec, pas de se limiter à les appliquer aveuglément.

Je trouve ça triste qu'aujourd'hui, pour beaucoup la valeur d'un livre soit mesuré à son succès commercial ... Pour la quasi totalité des personnes qui écrivent (et toutes ne se font pas éditer d'où le boom récent de l'auto-édition), c'est avant tout parce qu'ils/elles ont une histoire à raconter ...

Je suis d'accord. C'est pour ça que c'est un sujet que j'ai voulu aborder Smile

Artistiquement (et même peut être moralement) on ne peut qu'être d'accord sur 2 points: produire uniquement dans un but d'enrichissement ou de rentabilité c'est l'antithèse d'une oeuvre "artistique" quelle qu'elle soit, et appliquer une recette dans ce domaine donne le plus souvent un resultat insipide.
Mais j'apporterai de mon point de vue 2 bémols à ces considérations:
Tout d'abord, effectivement il vaut bien mieux ecrire ce que l'on a envi d'ecrire et selon sa sensibilité. Mais si on vise une édition, c'est quand même pour partager cet écrit, il faut quand même un minima de lectorat derrière (sinon on s'écrit un manuscrit et on le range dans une malle de son grenier). Cela implique qu'il rencontre une demande, une attente. Avant le succès Harry Potter la littérature jeunesse était plus limitée (voire quasi inexistante) dans le domaine "fantastique", aujourd'hui elle est pléthorique.
D'où ma deuxième remarque: il faut oser se demarquer et cela peut être couronné de succès grace à cette originalité. Par contre c'est toujours un risque pur le précurseur (l'auteur et son éditeur) et dans le monde d'aujourd'hui la prise de risque financière n'est guère à la mode, on préfére les recettes tièdes et redondantes mais "sures" (jusqu'à ce qu'elles lassent et meurent de cette redondance, mais ça les financiers ne l'anticipent pas souvent avant le declin). C'est d'autant plus vrai dans les autres domaines demandant des investissements colossaux (films, jeux vidéo).
D'où la tentation de trouver une martingale et de s'en remettre à des schémas censés produire le "best selles" dans ces domaines. Et comme nous sommes inondés de pub, les moyens mis en oeuvre propulsent les médiocre devant les bons si ces derniers n'ont pas la chance d'être aussi bien soutenus.
Pour finir sur une note optimiste, j'ai l'impression que la communication internet (blogs, forums, reseaux sociaux, maisons d'éditions numériques...etc) est un peu en train de changer la donne et que les auteurs débutants talentueux multiplient leur chance d'être découverts via ces médias (mais ils y sont un peu noyés sous la masse de tous ceux qui s'auto estiment talentueux et publient des ébauches ou des choses à peine lisible sans aucun filtre ou conseil sur leur production)

Je suis suis d'accord que si on veut se faire lire et éditer, il faut correspondre à un minimum de critères. Mais dans ce cas-ci, on ne cherche pas nécessairement à plaire au plus grand nombre mais bien à "se plaire à soi-même et aux autres". Quand on écrit pour les autres, juste pour plaire, il y a un manque d'authenticité qui rend le roman creux.

Il est bien question ici, d'écrire dans le but de plaire au plus grand nombre et non dans celui d'espérer trouver un éditeur et un public. La différence est là : chercher à fabriquer un produit commercial est différent d'écrire un livre et espérer qu'il trouve son public. C'est fondamentalement différent. Le premier résulte d'une manœuvre marketing, là où l'autre est le fruit d'une passion. Ce n'est pas la même démarche en amont.

Ensuite, en ce qui concerne les plans et schémas-types je ne suis pas contre tant qu'on les applique intelligemment et avec un esprit critique. Le tout est de s'approprier ces schémas sans les appliquer comme un âne sans les comprendre.
Ces méthodes résultent d'études approfondies en narratologie et en linguistique structurale qui exposent un grands nombres de nuances et de possibilités. Se limiter à de vulgaires infographies ou des résumés d'une page sur un blog est grotesque. Si on veut vraiment utiliser ces méthodes de manière intelligente, il faut s'en imprégner en lisant attentivement les textes sources et en en faisant notre propre interprétation.

De plus, les seuls best-sellers que ces méthodes produisent ne sont que ceux pour qui la méthode a été étudiée, comprise et appropriée par l'auteur. George Lucas a lu toutes les études écrites par Campbell sur le mythe du héros, il ne s'est pas contenté d'une lecture en diagonale d'un livre qui résumait l'affaire. Alexandre Astier a assisté aux divers séminaires de Chistopher Vogler, etc.
Il n'existe aucune recette-type pour écrire des best-seller, juste des pistes de réflexion.

Ensuite, tu as tout à fait raison, le web permet aux petits auteurs et éditeurs de se faire connaître plus facilement. Les interactions entre lecteurs et entre auteurs et lecteurs sont plus faciles et plus agréables. Ensuite, les publicités facebook, google, twitter, etc. sont à la portée de tous actuellement. Smile

Je pense personnellement qu'un best-seller, n'a pas de recette miracle. Alors c'est vrai on peut étudier les shéma ou profier de la publicité d'un grosse maison d'édition, mais il y a plusieurs choses:

On a beau étudier tout les shémas qu'on veut, il faut tout de même avoir un minimum de talent pour avoir de bonnes ventes (là je parle des livres parce que c'est ce que je connait je mieux mais je suis sûre que ça s'applique à tout). On a beau avoir étudier ce qui à marcher, si c'en est une copie, les gens vont l'acheter, certes, mais pas autant que l'original, si c'est moins bien et plus que l'original si c'est mieux. Qu'est-ce qui fait que c'est mieux ou moins bien? Le talent de l'auteur. Alors le deuxième auteur n'aura certes pas le mérite d'avoir trouver l'idée, mais celui de l'avoir améliorée.

Je suis d'accord avec le fait que certains livres qui ont du mérite coulent par manque de publicité ou d'autres qui ont moins de mérite ont plus de vente grâce à la publicité, mais généralement quand un livre devient best-seller, c'est qu'il le mérite plus ou moins, enfin c'est mon avis.

Je veut bien que vous me disiez que certains livres sont acheter par des gens qui ne le font que parce que c'est la "mode" mais si c'est la "mode", c'est que forcément, à ou moment ou à un autre, quelqu'un l'a apprécier pour ce que c'était, non?

Alors après il y a ceux qui surf sur la surmédiatisation de leurs livres pour publier une suite (ou un autre roman) fait à la va-vite juste pour récolter de l'argent, mais souvent les lecteurs s'en rendent assez vite compte et c'est rarement un bon pari. Et si ça marche quand même, c'est que l'auteur a du talent, alors pourquoi lui en vouloir? Il a beau ne pas avoir les meilleures intentions du monde, si il a du talent, son livre mérite d'être lu.

En conclusion, je ne pense pas qu'il existe de "faut" best-seller, il y a ceux qui ont eut plus d'aide que d'autres.

P.S.: Au passage je ne pense pas que Cinquante nuances de Grey soit un bon exemple dans un sens ou un autre: ayant déjà été publiée sur Internet, l'éditeur savait que l'histoire avait du potentiel (et donc que son 'schéma était le bon) mais aussi qu'une base de fan prêt a acheter le livre qu'ils avaient adorer. Du coup c'était une histoire qui, à coup sur, allait marcher à son lencement en librairie, même si elle n'a pas été écrite pour le succès vu que l'auteur ne l'écrivais et la postait que pour son plaisir personnel et celui de ses lectrices.

Je ne pense pas non plus qu'il existe de "faux" best-sellers : chaque livre répond à un besoin de lecteur et il est très très rare de trouver des livres vraiment mauvais. En revanche, je pense que le succès de certains est surfait et/ou que d'autres romans, issus de maisons plus modestes ou de l'auto-édition mériteraient d'avoir au moins le même succès.

C'est typiquement l'exemple des derniers Stephen King : ces derniers romans ne sont que du réchauffé de ce qu'il a fait avant, mais il s'en fiche parce que, de toutes manières, ses fans achèteront ses livres, qu'ils soient bons ou pas.
Idem pour Musso, Levy, Werber, Colleen Hoover,... Ces auteurs ont la chance d'avoir une base de fans qui achètent chacun de leurs livres les yeux fermés. Alors, bien sûr qu'il y a des perles dans le tas, mais d'autres seront moins bon (ce qui ne veut pas dire mauvais, attention à ne pas faire d'amalgame !) mais auront le même nombre de ventes, voire plus, l'année de leur sortie, parce qu'un best-seller ne se considère que par son nombre de ventes durant les 3 à 12 mois qui suivent sa sortie, pas plus.

Ce système de "mesure" du best-seller est également très trompeur puisqu'il ne considère pas la vie du livre sur le long terme. Certains livres font des étincelles pendant 6 mois (3 mois avant la sortie et 3 après) puis tombent dans les limbes de l'oubli.
C'est exactement ce qu'il se passe pour les livres d'Amélie Nothomb : elle en sort un par an, chaque année son livre fait partie des best-sellers de la rentrée littéraire, mais, finalement, de combien de ses livres se souvient-on vraiment ? Sur les 24 parus, il n'y en a que 3 qui reviennent : Hygiène de l'assassin, Métaphysique des tubes et Barbe bleue (parfois Acide sulfurique). Ça ne veut pas dire pour autant que ses 21 autres romans sont mauvais, juste qu'ils suscitent moins d'intérêt sur le long terme.
Alors, précision : bien que je n'apprécie pas les romans d'Amélie Nothomb, je ne dénigre pas sa plume, loin de là. Je n'y accroche tout simplement pas.

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