Les anachronismes en Fantasy

Les anachronismes en Fantasy

Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un sujet qui peut paraître étrange mais qui m'a fait me poser plusieurs questions au cours de la rédaction et de la correction de mon roman, à savoir :

Jusqu'où peut-on accepter les anachronismes dans un roman de fantasy ?

Dans cet article, je vais donc vous expliquer ma manière de voir les choses et comment je les gère dans mes récits. Bien sûr, mes propos n'engagent que moi, encore une fois ! wink

Bien entendu, j'ai bien consciente que la fantasy n'est pas un genre historique (sauf la fantasy historique...) et qu'il est difficile de parler d'erreurs historiques ou d'anachronismes pour un genre où, en théorie, tout est permis. Mais je vous propose de lire jusqu'au bout pour comprendre où je veux en venir !wink

Anachronisme ?

Bien entendu, je ne peux pas me lancer dans le sujet sans une petite définition wink

Un anachronisme est une erreur qui consiste à ne pas remettre un événement à sa date ou dans son époque ; confusion entre des époques différentes.

Nous dit le Larousse

MAIS !

Peut-on réellement parler d'anachronisme en Fantasy, alors qu'il existe un genre appelé la Science-Fantasy ?

Pour moi : OUI !
... et non...

Avant de démarrer quoi que ce soit, j'estime qu'il est important de spécifier que je considère des univers précis et des genres précis. Il est vrai que la Fantasy est le genre de l'Imaginaire par excellence parce qu'on peut tout faire... mais pas n'importe comment non plus !
Pour moi, il existe plusieurs types d'anachronismes :

  • les volontaires et les involontaires
  • les accommodants et les dérangeants
  • les anachronismes de fond et ceux de forme

Les anachronismes volontaires et involontaires

Ce que j'entends par anachronismes volontaires ce sont tous les anachronismes qui caractérisent les genres rétrofuturistes (Steampunk, Science-Fantasy dans un univers Medfan...). Ces anachronismes volontaires sont destinés à enrichir l'univers et peuvent parfois être considérés comme des figures de style ou des allégories. Ce sont des anachronismes entendus entre l'auteur et le lecteur et indispensables à l'univers ainsi qu'à l'histoire.
Ce sont aussi des anachronismes qui peuvent aussi être considérés comme une forme de créativité.

Les anachronismes involontaires sont les erreurs, tout simplement. Tout ce qui est placé dans un univers et qui ne devrait pas s'y trouver. Parfois c'est gênant, parfois pas.

Les anachronismes accommodants et les dérangeants

Ces anachronismes-là peuvent être autant volontaires qu'involontaires.

Je vois les anachronismes accommodants comme les petits détails qu'on place dans les univers que nous créons pour nous faciliter la vie et faciliter l'immersion du lecteur. Pour vous donner l'exemple le plus flagrant : les vêtements dans les univers medfan ! La plupart des univers dans lesquels je me plonge (et le mien n'y échappe pas non plus) sont des univers inspirés du Moyen-Âge européen entre le IXe et le XIIe siècle (entre la fin de l'Antiquité et l'invention des armes à feu), or les vêtements décrits sont des tenues sorties tout droit de la Renaissance ! Mais on utilise ce visuel-là parce qu'il est plus proche de nous et plus facile à nous représenter.
Un autre exemple : écrire avec un langage moderne, parce que plus personne ne parle l'ancien français de manière courante. C'est une forme d'anachronisme d'utiliser des mots modernes pour désigner des objets passés.
C'est le genre d'erreurs pardonnables ou d'anachronismes conscients qui permettent de rendre les univers plus abordable.

Les anachronismes dérangeants sont des anachronismes gros comme des maisons qui tombent dans un univers comme un cheveux dans la soupe. L'auteur aurait voulu qu'ils soient accommodants mais, finalement dérangent, voire choquent.
Ces anachronismes ne sont pas dérangeants pour tout le monde, ça dépend vraiment du lecteur.

Les anachronismes de fond et de forme

Les anachronismes de fond peuvent être volontaires ou pas, accommodants ou pas. Il s'agit des anachronismes qui touchent l'univers et le cadre de l'histoire. C'est typiquement l'exemple des vêtements renaissants dans un univers medfan. Ces anachronismes peuvent aussi s'appliquer à des personnages pour leur donner plus de profondeur et/ou un aspect drôle — comme c'est le cas dans mon roman wink
Un exemple d'anachronisme de fond qui m'a fait grincer des dents : On est dans un cadre de Japon féodal et un guérisseur ausculte une patiente inconsciente. Son verdict est sans appel : elle en état de mort cérébrale.
Il faut savoir que la mort cérébrale c'est l'inactivité complète et irréversible du cerveau. Étant donné que c'est lui le big-boss-chef du corps humain, s'il n'est plus là pour dire au cœur de battre ou aux poumons de respirer, on est mort, et ce, de manière définitive. Le concept de mort cérébrale n'est apparu qu'en 1959 et n'était permis que grâce à la prise en charge des fonctions vitales (respiration, cœur qui bat, etc.) par des appareils. Appareils qui n'existaient pas durant le Japon féodal...
C'est typiquement le genre d'exemple qui peut vous faire perdre des lecteurs pointilleux.

Les anachronismes de forme, à nouveau, peuvent être volontaires ou pas, accommodants ou pas. Ces anachronismes se situent dans la formulation du texte et dans les dialogues. Dans l'écriture-même.
Je trouve que c'est l'anachronisme le plus difficile à combattre en tant qu'auteur car il nous demande de faire un véritable travail de vocabulaire pour nous empêcher d'utiliser des mots qui nous sont habituels. Je crois que le mieux est de vous donner un exemple — parce que ça vaut toujours mieux qu'un long discours ! wink
Dans mon roman, une phrase en particulier m'a posé problème : Instinctivement, comme une somnambule, la jeune femme commença à dénouer un à un les lacets de cuir qui retenaient son armure.
Ce instinctivement est probablement l'un des mots qui m'a posé le plus de problème dans mon roman. Dans le premier jet, à l'écriture, j'ai écrit automatiquement. MAIS ! Durant ce pseudo-Moyen-Âge de mon univers, la notion-même d'automatisme n'existait pas puisque c'est un concept qui est arrivé avec les machines qui savaient travailler sans l'intervention des humains ou des animaux, soit au XIXe siècle. Ce terme, automatiquement, était donc un anachronisme et un qui me dérangeait ! Je suis donc passée sur le terme machinalement. Mais ce mot ne me satisfaisait toujours pas puisque l'idée que quelque chose est machinal est directement reliée à la notion de machine qui travaille seule et donc à la notion d'automatisme. Ça n'allait toujours pas !
Ce n'est qu'à la deuxième correction que j'ai pensé autrement pour trouver un mot qui correspondrait autant à mon univers qu'au sens de mes propos : instinctivement. Pour cela, il m'a fallut me rappeler que l'être n'était pas une machine, mais un être vivant qui réfléchi en fonction de ses acquis ET de son instinct.
Tout ça pour vous dire que si vous souhaiter réellement immerger le lecteur et/ou créer un effet de style, il vous faut faire très attention aux mots que vous utilisez. Car l'écriture, ce n'est pas que l'amour des belles histoires, c'est aussi l'amour du mot juste !

En conclusion

Je vois les anachronismes en Fantasy plus comme des fautes de goûts ou des figures de style que comme de réelles erreurs qui nous enverraient au bûcher. Je pense toutefois qu'il est important pour nous, auteurs, de faire attention à ces détails car c'est cette attention et ce perfectionnisme — quelque part — qui ne rendra nos romans que meilleurs.

 

Et vous ? Quel est votre avis à propos de ce genre de détails ? Y avez-vous déjà fait attention pendant vos lectures et/ou votre écriture ?

Commentaires

Ah le nacronisme!!!

Oui j'ai malheureusement parfois sursauté à la lecture d'un anachronisme à la fois de fond et de forme. Souvent dans des description où l'auteur pour nous faire visualiser quelque chose se référe à un objet moderne qui n'est pas sensé exister à l'époque/dans le monde décrit .

Tu as raison d'être exigeante et de considérer qu'un texte réussi est aussi l'assemblage des mots "juste". Lire "automatiquement" ou "machinalement" ne m'aurait pas choqué même dans un univers médiéval, mais c'est un détail à prendre en compte si l'on veut aller vers un texte précis.

A l'inverse j'ai lu des critiques sur le fait que le traducteur des premiers tomes du "trone de fer" (Games of throne) avait utilisé un vocabulaire trop daté alors que l'auteur écrivait dans un style moderne. Pour ma part j'ai au contraire trouvé que l'utilisation de certains mots disparus du français moderne (mais parfaitement compréhensibles sans lexique dans le contexte du récit) étaient un plus pour une immersion dans cet univers medfan. Il est moins choquant pour moi de lire "je vous conchie" que "je vous emmerde" dans un échange d'invectives par exemple. La contrepartie, c'est que le texte est peut être moins abordable pour des "novices" ou des lecteurs recherchant une facilité de lecture avant tout, et satisfait plutot des fans du genre ou des amateurs plus "littéraires".

Utiliser des mots oubliés, je trouve ça tellement beau ! laugh

Dans mon romane, j'essaie d'en caser quelques-uns comme "groumer", que j'aime beaucoup !

euh, machine, ça vous gène ? pourtant machine n'a rien d'anachronique ! c'est un manque de culture éthymologique qui conduit à penser que c'est un mot moderne ! latin machina, du grec dorien mākʰanā (μαχανά, μηχανή en ionien-attique), signifiant : « astuce », « inventioningénieuse », « dispositif »)

Nous parlons ici du mot "machine" en français en ce qu'il a de contemporain et de ce qu'il évoque dans les esprits des humains du XXIe siècle et non de son sens originel dans une langue morte depuis plusieurs siècles.
Ma culture étymologie (sans h, puisqu'il vient du mot ἐτυμολογία [etumología] avec un τ — tau — et non un θ — thêta) se porte très bien, merci.

La 9e édition du dictionnaire de l'Académie française stipule que machinalement signifie que quelque chose se fait de manière machinale, que machinal est un dérivé de machine et qu'une machine est, en français et non en grec ancien, un dispositif mécanique complexe produisant ou transformant une énergie pour produire un travail, pour effectuer une tâche, etc.

Les liens :

De plus, il s'agit, ici, de mon roman. Et dans mon roman, oui, machinalement me gêne parce que cela rappelle trop la mécanique et pas assez l'humain.

J'essaye de faire attention à ne pas faire de grosses incohérences entre l'univers choisi et les mots qui vont avec, mais je n'ai jamais poussé la réflexion aussi loin.
Par exemple, ton histoire de "machinalement" et "instinctivement" typiquement j'aurais jamais tilté !

Bon je ne suis pas une lectrice pointilleuse il faut dire. :D

Chouette article qui m'a vraiment intéressée parce que je me posais beaucoup de questions à ce sujet ces derniers temps. (En fait, la plupart de tes articles sont vraiment très bien faits et me guident depuis un moment :P )

Il est vrai que la plupart des romans de fantasy sont fortement rapprochés de notre Moyen-Âge (ce qui m'ennuie un peu d'ailleurs, car je ne les trouve pas assez "fantasy") Si l'on crée un univers qu'on ne peut rapprocher d'aucune époque connue, est-il possible de parler d'anachronisme ? Je ne suis pas certaine d'être très compréhensible x) Mais à partir du moment où l'on crée un univers magique, tant que les bases ont bien été posées et qu'une logique est expliquée, on peut ajouter un peu tout ce qu'on veut, non ?

Comme je l'ai expliqué dans l'article, certains éléments "anachroniques" peuvent être ajoutés volontairement dans le but d'étoffer l'univers. Toutefois, dans ce cas-là, ces éléments ne sont plus des anachronismes, puisqu'ils font partie intégrante de l'univers et ont souvent une explication, ce ne sont donc plus des anachronismes.

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