Ma vie, mon roman #11 : Je refuse d'être le dindon de la farce éditoriale !

Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un sujet qui me tient vraiment très très très à cœur : la non-reconnaissance de l'auteur comme étant un professionnel du livre ! (et tout le foutage de g*** de la part du système éditorial qui s'en suit).

Attention ! Ceci est un article qui commence par un gros coup de gueule !

Peut-être que certains feront les yeux ronds en lisant cela, mais c'est vrai : dans le monde éditorial d'aujourd'hui, l'auteur n'est pas considéré comme un professionnel dans la chaîne du livre alors que tous les autres — éditeur, illustrateur, diffuseur, distributeur, libraire,... — le sont. Ce qui est absurde puisque, si personne n'écrit, il n'y a pas de chaîne de livre. L'auteur-e (oui, désolée, mais "autrice" ne passe toujours pas avec moi parce qu'à chaque fois, j'imagine le Pokemon vaututrice... mais ça va me passer, rassurez-vous !), l'auteur-e, donc, fournit l'objet de base qui permet de faire vivre des milliers de personnes mais n'a pas de meilleur statut qu'une vache laitière : à lui/elle de fournir la matière première sans rien espérer en retour parce que, de toute manière, on ne fait ça que pour le plaisir et pour l'Art, non ?

(Merci d'éviter les débats vegan, ce n'est ni le moment ni l'endroit...)

Seulement, à la différence d'une vache laitière, l'auteur-e a des factures à payer, un frigo à remplir, des frais médicaux à payer, parfois des enfants à élever, etc. Alors, quand il/elle reçoit un à-valoir de 800 ou même 1000€ pour un bouquin qui a pris un an de travail et 10% du prix du livre, et encore !, qu'il/elle ne touche ses droits d'auteur qu'à partir du moment où les ventes dépassent le montant de l'à-valoir et bien, oui, ça dégoûte.

Je crois que vous avez tous dû voir passer ce graphique publié par L'Express il y a 7 ans :

Il est regrettable de constater que presque 10 ans après, la situation des auteur-e-s n'a toujours pas changer : nous sommes toujours aussi mal considéré-e-s (qui n'a jamais entendu des réflexions comme : « Nan, mais écrivain, c'est pas un vrai métier. » ?) et aussi mal payé-e-s. Selon la Société des Gens de Lettres (SGDL), la répartition moyenne du prix d'un livre est de :

  • 10% pour l’auteur
  • 20% pour l’éditeur
  • 15% pour l'imprimeur
  • 8% pour le diffuseur
  • 12% pour le distributeur
  • 30% pour le libraire
  • 5% de TVA

Et encore ! Pour un auteur jeunesse, on est plus autour des 8% et sur les poches, un auteur touche entre 5 et 8% !
Quand j'ai expliqué ça à ma maman, j'ai cru qu'elle allait me faire une syncope !

Malheureusement, je ne peux pas vous faire un article pour vous exposer tout ce qui ne va pas dans le monde de l'édition à l'heure actuelle, c'est pour ça que je vous renvoie vers la chaîne YouTube de Samantha Bailly qui vous l'expliquera sûrement mieux que moi. Surtout avec ses vidéos :

Mais pourquoi je vous en parle aujourd'hui ?

Cette semaine a lieu le salon du livre jeunesse de Montreuil et Samantha Bailly, présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dirige une série d'actions lors de ce salon : Plume pas mon auteur-trice.

Plume pas mon auteur !

Ça a commencé mercredi, pour l'ouverture, par un défilé d'auteurs déplumés. Samedi se tiendra un nouveau défilé et une prise de parole publique de Samantha Bailly sur la situation sociale précaire des auteurs et illustrateurs jeunesse, avec la SGDL, le SNAC BD, l’ATLF, la Voix des blogueurs.
Si vous voulez en apprendre davantage sur la situation à l'heure actuelle, je vous conseille vivement la lecture de l'excellent article de La Voix du Livre : PLUME PAS MON AUTEUR·TRICE !
La Charte lance chaque année des campagnes de sensibilisation pour tenter de changer les choses, mais malheureusement rien de bouge ou, si ça bouge, c'est pour empirer les choses (cf. la hausse de la CGS sans compensation...), c'est pour ça qu'il faut que nous, auteur-e-s, devons agir !

Ne pouvant pas me rendre au salon, je voulais tout de même me joindre à eux par la voie du blog.

L'auto-édition, la solution ?

Je ne pense pas que l'auto-édition soit LA solution mais une solution, peut-être, mais seulement pour certaines personnes : tout le monde ne peut pas et/ou ne veut pas s'autoéditer. L'auto-édition demande énormément de travail et tout le monde n'a pas la possibilité et/ou le temps de le faire. De plus, si le premier roman de Monsieur ou Madame Toutlemonde est auto-publié, les éditeurs verraient-ils vraiment la différence ? Je ne pense pas. En revanche, si Amélie Nothomb ou Marc Levy décident de s'autopublier, peut-être que là, ça changera quelque chose... Mais il est clair qu'il est impossible de demander à tout le monde de s'autoéditer.

Cependant, ce dont je suis persuadée c'est que si on veut que le système change, il faut qu'on s'y mette tous ensemble, auteur-e-s et éditeurs.

Mais, plutôt que que d’attendre que le système change, j’ai décidé, moi, d’évoluer. Comme l'a si bien dit Cécile Duquenne dans son article Évoluer pour survivre : de l’édition classique à l’auto-édition…

J'avais déjà abordé le sujet de l'auto-édition de mon roman dans l'article où je vous annonçais que je l'avais terminé et dans lequel je vous disais :

Ensuite, je vous avoue que je n'ai plus confiance dans le système actuel où l'auteur est, finalement, exploité et infantilisé — pour reprendre les mots de Samantha Bailly. M'auto-éditer est donc, pour moi, une sorte d'acte réactionnaire.

Et c'est toujours le cas. Je n'ai toujours pas confiance dans le système actuel. De plus, quand je vois le travail qu'un-e auteur-e édité-e (à compte d'éditeur) doit fournir pour vendre son livre (parce que ne rêvez pas : que vous soyez autoédité-e ou pas, dans une grande ou une petite maison, le "sale" boulot [de promotion] c'est pour votre pomme ! Ou alors vous êtes Amélie Nothomb ou Marc Levy...) et :

  • ne recevoir que 8 à 10% de droits d'auteur,
  • payer des cotisations à l'AGESSA qui ne vous ne donnent même pas droit aux remboursements des soins de santé ni à cotiser pour votre retraite (jusqu'à une certaine somme gagnée, tout du moins),
  • d'être infantilisé-e dans vos rapports avec les autres professionnels du livre,
  • ne pas vous trouver dans les rayons des librairies puisque vous êtes quand même un-e auteur-e inconnu-e (et de SFFF francophone, qui plus est !)

Et bien, je préfère me charger moi-même de tout ! Au moins, j'ai un total contrôle sur mon livre, un suivi précis de mes ventes et je ne serai pas payée une fois par an au petit bonheur la chance quand la/le comptable ne m'aura pas oubliée !

Voilà, un article engagé et coup de gueule, pour une fois (je sais, ça change wink) mais en plus d'être blogueuse, je suis aussi auteure et je pense qu'il est de mon devoir de parler de ça aussi. En plus, je m'adresse à d'autres (futur-e-s) auteur-e-s et je pense que vous êtes ou serez concerné-e-s vous aussi si vous comptez publier un jour.

N'hésitez pas à parler, débattre, partager vos expériences et ressentis dans les commentaires ! C'est toujours intéressant et enrichissant de connaître d'autres points de vue ! smiley

Commentaires

Tel que je vois les choses, tous les acteurs de la chaîne du livre sont au bord du précipice. L'éditeur ne gagne souvent pas assez pour couvrir ses frais (à part les très gros, mais qui représentent quelque chose comme 80% du CA et 1% des éditeurs). Les libraires ne couvrent pas leurs frais locatifs. Même chez les distributeurs, c'est pas toujours la joie.

Du coup, si on réévalue l'auteur, qui est quand même au coeur de la création, tout se casse la gueule. L'autoédition peut compenser un peu, mais comme tu le dis, les auteurs qui vendent beaucoup sont eux tout confort chez des grands groupes. Et puis, l'offre augmente de manière constante (il y a des raisons logiques), mais pas la demande. Comment un auteur peut-il espérer gagner assez dans ces conditions ?

Sans compter l'information. Tu cites la charte et la SGDL, mais combien d'auteurs connaissent l'existence de ces sociétés d'auteur ? Elles ne se concertent même pas toujours (la charte a l'air de faire plein de trucs par exemples, mais comme c'est pour la jeunesse, je ne regarde pas, je ne me sens pas concerné (dans le sens pas invité à la discussion)). L'auteur écrit en général dans son coin, certains s'informent sur Internet (mais quand on découvre, c'est tellement le bord** qu'on s'y retrouve pas, ou alors on tombe sur un Edilivre super bien référencé, le comble).

Pour moi, il n'y a pas de solution dans ce système. Le souci n'est pas seulement au niveau du livre, mais du monde artistique et de la valeur que la société lui donne. C'est l'une des raisons, mais pas la seule, qui fait que je suis pour un revenu universel. Mais je ne crois pas à un changement dans le livre aujourd'hui.

C'est vrai que j'ai beaucoup tourné mon article autour de l'argent, alors que ce n'était pas mon but premier. En fait, je voulais essayer de montrer par ce biais que, par le fait qu'on spolie les auteurs, on les prend pour des cons.
Le problème de la situation des auteurs ne vient pas de la mauvaise répartition du prix du livre, mais de la mentalité française qui tourne autour de l'argent (il y a une semaine, une formatrice de l'IRFREP qui sortait : « En France, on a un gros problème pour parler d'argent, pourtant, si on se lance dans une activité, c'est bien pour gagner de l'argent ! » et, en toute honnêteté et en tant que Belge expat', je confirme : en France, l'argent c'est tabou !), des artistes et de la rémunération des artistes en soi.

Je pense qu'il faut commencer par considérer les artistes-auteurs (les artistes qui pratiquent un art pour en vivre, au moins en partie) comme étant des professionnels à part entière et non plus comme des espèces d'ascètes pratiquant l'art pour l'Art et vivant d'inspiration et d'eau fraîche. Déjà, si on nous offrait une vraie couverture sociale, ça aiderait déjà pas mal les choses.

Je pense que le véritable problème vient du manque de reconnaissance du métier d'écrivain (d'artiste en général), l'infantilisation par les "professionnels" du livre ET par les lecteurs. Je me suis même fait prendre de haut par ma conseillère Pôle Emploi qui est une ancienne libraire ! Tu te rends compte où on en est arrivé ?! Sous prétexte que je suis écrivaine, je n'ai pas les capacités mentales pour m'occuper de monter et gérer une affaire ! C'est ça qu'il faut changer avant tout : les mentalités.

Et pour moi, ça passe par une reconnaissance de l'artiste/de l'écrivain-e comme étant un professionnel et pas un hurluberlu rêveur. Il faut en finir avec cette image romantique de l'écrivain sans le sous ne vivant que pour l'amour de son art. 

Je vais suivre avec énormément d'intérêt toutes les actions de Plume pas mon auteur, merci de l'avoir partagé. Par contre, au risque de t'énerver encore plus, un auteur ne touche PAS 10% sur le prix du livre. Ou alors c'est Marc Lévy/Amélie Nothomb. Les droits d'auteurs vont en général de 4 à 8% en moyenne, même pour les auteurs pas jeunesse et pas SFFF. Après, ces derniers sont en effet plus souvent plus proches des 4 que des 8. 

10%, c'est la rémunération moyenne sur un livre grand format destiné à un public adulte, tous les genres confondus.

Je suis curieuse de savoir d'où tu sors ce chiffre ? tous les intervenants professionnels de ma formation en métiers du livre et de l'édition nous montrent des exemples entre 4 et 8% en moyenne. 

J'ai mis la référence dans l'article : la SGDL.

entre 4 et 8%, ce sont les chiffres-types pour les poches et romans jeunesse.

Si j'ai bien retrouvé ta source, elle date de 2013

La répartition n'a pas changé depuis 2007.

Ici un article du 12 octobre dernier dans lequel la SGDL intervient en rappelant que les droits d'auteurs moyens pour un livre grand format à destination d'un public adulte s'élève à 10% : https://www.franceculture.fr/emissions/le-choix-de-la-redaction/le-choix...

Vous avez oublié qu'il faut aussi financer le correcteur, l'illustrateur, le maquettiste... auto-édité ou pas ces gens ont aussi le drot d'être payé pour leur travail.

Non, je ne les ai pas oubliées. Si je n'en parle pas ici, c'est parce que ces personnes ne se rémunèrent pas sur le prix du livre, mais sur des prestations uniques payées avant publication. Ces frais-là sont comptabilisés dans les frais éditioriaux (qu'on soit à compte d'éditeur, ou pas).

Il faut bien que l'éditeur trouve l'argent pour les payer c'est magré tout sur sa part éditoriale. L'argent ne tombe pas du ciel.

Je sais, mais les prestataires éditoriaux ne se rémunèrent pas directement sur le prix du livre. Ils se rémunèrent via un prix fixe, défini par un contrat et ne sont payés qu'une seule fois : au moment de la presatation de service. Leur rémunération finale sur un ouvrage est indépendante du nombre d'exemplaires vendus, ce qui n'est pas le cas des intervenants cités dans l'article.

Si on suit ton raisonnement, je devrais aussi parler du fournisseur de papier de l'imprimeur, du comptable de l'éditeur, du FAI de l'auteur, des frais d'essence du diffuseur, etc. Tout ça, ce sont des frais annexes. Ici, je n'ai parlé que la répartition directe du prix du livre.

C'était un petit rappel... D la part d'une auteure, éditrice et illustratrice.

J'ai vu ta réponse à propos du mépris à l'encontre des artistes, vaste sujet. On pourrait en discuter des jours entiers.
Entre la création que l'on n'estime pas, il faudrait vivre d'amour et d'eau fraiche, les gens qui vous prennen pour un crétin et j'en passe. C'est d'ailleurs contradictoire et cela à propos de tous les artistes...

Certains ont une certaine admiration pour ces mêmes artistes sauf quand on atteint leur portefeuille. On veut bien vous lire, vous écouter, regarder mais surtout pas vous rémunérer pour cela. C'est scandaleux ce que tous ces artistes ce ffont comme pognon... je ne sais plus où je dois rire et où je dois pleurer... mais on vous répondra mais ma bonne dame il fallait faire autre chose... tous des fainéants ces artistes...

On devrait tous faire grève ne plus rien créer... on va rire doucement quand l'argent que rapporte la culture n'entrera plus dans les caisses qu'il n'y aura plus rien à voir, écouter ou lire....

 

Je suis auteure ET correctrice... (et auto-éditée qui est passée par toutes les phases éditoriales [sauf l'illustration]). Et je connais personnellement pas mal de personnes illustratrices (comme celle qui a fait la couverture de mon livre). Je ne suis pas ignorante de ces problèmes-là non plus.

Je ne sais pas si faire une grève généralisée des créateurs/-trices serait une bonne idée : s'ils n'en trouvent plus en France, ils en trouveront ailleurs... frownBusiness is business !

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