Vos romans sont-ils sexistes ?

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Vos romans sont-ils sexistes ?

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un petit test pour déceler le sexisme en littérature, mais aussi au cinéma, dans les séries, les jeux vidéos...

Ce test est assez connu, mais je pense qu’un petit rappel n’est pas inutile, surtout au vu du dernier roman que j’ai lu !

En effet, récemment j’ai lu un livre de Fantasy qui, sous le couvert du respect de l’histoire, est tout bonnement sexiste et ça m’a fait dresser les cheveux sur la tête. — C’est d’ailleurs une partie du sujet de la newsletter de demain.
C’en a été au point que j’ai décidé d’ajouter le passage par ce test à toutes mes prochaines lectures et de le notifier dans mes chroniques ! C’est vous dire à quel point j’ai été traumatisée !

Le test dont il est question est le test de Bechdel.

Ce test doit son nom à sa créatrice, Alison Bechdel qui, elle-même, attribue son origine à son amie Liz Wallace. C’est pourquoi il porte parfois le double nom de test de Bechdel-Wallace.
Il est apparu pour la première fois dans les planches de la BD Dykes to Watch Out For d’Alison Brechdel.

 

 

« Tu veux voir un film et te faire un pop-corn ?
– Hum, je sais pas… J’ai une règle, tu vois : je ne regarde que des films qui répondent à trois exigences. Un : qu’il y ait au moins deux femmes ; deux : qu’elles aient droit à un dialogue ; trois : qu’elles parlent d’autre chose qu’un homme.
– Plutôt strict, mais l’idée est bonne.
– Tu parles ! Le dernier que j’ai pu voir comme ça, c’était Alien… Les deux femmes parlent entre elles du monstre. »

Vous l’aurez compris, ce test comporte 3 questions simples :

  1. Y a-t-il au moins deux femmes nommées (nom/prénom/surnom) dans l’œuvre ?
  2. Parlent-elles ensemble ?
  3. Parlent-elles d’autres choses que d’un homme ?

Si on peut répondre oui aux 3 questions, l’œuvre n’est — a priori — pas sexiste.

Ce test permet de mettre en évidence le fait que les personnages féminins sont souvent utilisés comme des faire-valoir des personnages masculins. Ce que soulevait déjà Virginia Woolf en 1929 dans Une chambre à soi :

Toutes ces relations entre femmes sont trop simples, me dis-je en me rappelant rapidement la splendide galerie de femmes fictives. (...) Et j’essayai de me souvenir d’un cas, un seul, où dans le cours de mes lectures deux femmes auraient été représentées comme amies. (...) Il y a ici ou là des mères et des filles. Mais elles sont, presque sans exception, montrées dans leur relation aux hommes. C’est étrange de penser que toutes les grandes figures de femmes dans la fiction sont, jusqu’à Jane Austen, non seulement vues par l’autre sexe, mais vues seulement dans leur relation à l’autre sexe. Et combien ce n’est qu’une part de la vie d’une femme ; (...)

J’ai dit que les œuvres qui passaient ce test n’étaient a priori pas sexistes parce que ce test a ses limites, comme vous pouvez vous en douter. Bien qu’il soit déjà un premier pas vers la détection du sexisme au cinéma et dans la littérature, il ne prend pas en compte l’ensemble des contextes. Par exemple, les films Twilight réussissent le test grâce à une seule scène où Bella parle avec sa mère du déménagement. Pourtant, ces films sont plutôt considérés comme étant sexistes.
Mais on pourrait aussi penser à d’autres oeuvres où il n’y aurait qu’un seul personnage ou deux personnages, que le seul personnage féminin serait justement là pour faire changer les choses, ou encore des œuvres où les personnages n’ont pas de noms…
Je pense aussi au film Solo: A Star Wars Story qui ne réussit pas le test alors que je ne le trouve pas particulièrement sexiste.

Cependant, malgré les limites de ce test, je le trouve tout de même intéressant. Sans pour autant devoir le prendre comme une parole d’évangile, il permet de soulever des problématiques et de relever des points d’attention.

 

Alors, votre roman passe-t-il ce test ?

 

Pour aller plus loin :

Il existe d’autres tests ou des variantes de ce test. Je vous conseille d’aller faire un tour sur la page Wikipédia qui parle du test de Bechdel : Test de Bechdel

Je vous conseille aussi fortement la lecture de cet article qui développe davantage l’utilité de ce test pour dénoncer le sexisme au cinéma (et ailleurs) : Un outil pour déjouer le sexisme au cinéma de Nicole Van Enis

Pensez aussi à jeter un oeil à cet article-là : Syndrome de la Schtroumpfette

Vos romans sont-ils sexistes ?

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Commentaires

Alors, le miens, je pense qu'il passe le test ^^
Mais j'ai tjs peur de véhiculer des clichers sexistes

Je pense qu'on en véhiculera toujours, en tout cas notre génération parce qu'on a été éduqué comme ça et que certaines choses sont ancrées en nous. C'est très difficile de se départir des choses qui nous été inculquées très tôt.

Mais je pense aussi que ce n'est pas une raison pour ne pas essayer ! laugh
(Je ne dis pas ça pour toi, mais pour toutes les personnes qui liront mon commentaires wink)

Salut ! ^^

Toujours première ? Bonne nouvelle :)

Je connaissais effectivement ce test, mais je n'ai jamais trouvé qu'il était justement fiable étant donné que comme tu le dis certaines oeuvres passent le test en étant sexiste alors que d'autres n'y parviennent pas sans réellement l'être.

Contente de voir que je ne souffre pas du Syndrome de la Schtroumpfette. En revanche, est-il possible de souffrir du syndrome inverse ? C'est-à-dire que j'ai des difficultés à écrire et mettre en scène des personnages masculins et de ce fait, mes écrits sont plus remplis de personnages féminins. Et là, je me suis posée une question qui dans mes cours de sociologie avait fait débat : le sexisme inversé existe-t-il ?

Pour ton mail "Fantasy historique et sexisme" je voulais répondre. Oui, pour moi la volonté de respecter la vérité historique justifie de voir du sexisme dans les livres basés sur ce principe. Sinon à quoi bon écrire des romans historiques ou de fantasy historique ? Si on ne respecte pas la vérité historique, autant ne pas écrire dans un cadre historique à mon sens. Parce que le sexisme que tu as vu n'est autre que la réalité de l'époque à laquelle tu es confrontée. Il faut tout remettre dans son contexte. Si à l'époque les femmes étaient considérées comme de petites choses fragiles et sans cervelle, ce n'est pas la faute de l'auteur du livre. Après, peut-être que sa manière de retranscrire la chose afin qu'il n'y ait pas d'ambiguïté n'était pas la meilleure ? Ou peut-être est-ce parce que notre manière de voir les choses est paradoxalement différente selon les gens, mais également façonnée par la société et l'époque dans laquelle on vit ?

Pour en revenir à la question posée... Je ne pense pas qu'il y ait réellement sujet à débat. La vérité historique devrait être plus importante que notre manière d'appréhender les choses à l'heure actuelle si on écrit des romans s'incrivant dans une époque précise ou s'inspirant sur une époque précise.

Salut

Selon moi oui le syndrome de la schtroumpfette ou de manière plus général le sexisme peut être inversé. Les biens pensant te diront un grand non car trop occupé à voir en les femmes des victimes qu'il faut à tout pris protéger ils refusent d'imaginer la possibilité que les rôles soivent inversés. Mais ne t'inquiète pas car personne n'osera te reprocher de mettre trop de personnage féminin au détriment des personnages masculin, il se ferait traiter immédiatement de sexiste...

Merci pour ton commentaire ! laugh

En renvanche, c'était Camille la première wink

Le sexisme consiste à dire que chaque "sexe" a des rôles prédéfinis à tenir et jouer. C'est le sexisme qui consiste à dire que ce sont les hommes qui doivent travailler et les femmes qui doivent s'occuper du foyer. Donc, le sexisme inversé consisterait à inverser le modèle existant en disant que c'est aux femmes de travailler et aux hommes de s'occuper du foyer.
En revanche, si tu parles de l'inverse de la misogynie, il s'agit de la misandrie.

Je te partage ce que j'ai répondu plus bas : "Quand on écrit dans un cadre historique, c'est normal de respecter jusqu'à l'idéologie de l'époque aussi nauséabonde soit-elle. L'important, c'est de ne pas la cautionner par les paroles, les pensées et les actes du héros/de l'héroïne."
Dans le roman que j'ai lu, le héros énonçait clairement des pensées d'un sexisme et d'une misogynie épouvantable. Du genre : "C'est normal qu'elle ait ce genre d'idée, c'est une femme et les femmes sont faibles d'esprit. C'est à nous, les hommes, de leur montrer la voie." (C'est dit littéralement dans le roman, ce n'est pas mon interprétation). Un peu plus tard, le héros se tâte à tuer un personnage contre l'avis de sa dame et le héros se dit : "De toute manière, que je le tue ou pas, je l'épouserai tout de même puisque son père me l'a promise."

Je suis désolée, mais au XXIe siècle, on ne peut plus propager des idées pareilles dans la bouche d'un héros. Encore moins dans un roman jeunesse ! Et si on veut le faire, il faut mettre des avertissement pour dire que c'est comme ça qu'on pensait à l'époque, mais plus maintenant. Je trouve que la personne qui a écrit ce livre est vraiment allée trop loin.

Surtout que, niveau vérité historique on repassera, puisque des femmes de pouvoirs, respectées et craintes, il y en a eu un paquet !

Notre histoire a été écrite par des hommes qui voulaient effacer les grandes femmes. Il n'y a qu'à voir la purge faite dans la langue française par Richelieu et consort au XVIIe siècle pour effacer les femmes des postes importants quand ils ont créé l'Académie. C'est bien connu : si quelque chose n'a pas de nom, elle n'existe pas.

Donc, la vérité historique quant à la place des femmes, on repassera...

Ce test sert à faire un tri de base mais clairement avoir deux personnages féminins qui discutent n'empêchent pas d'avoir des représentations de genre hyper caricaturales ! Le plus important c'est plutôt d'avoir des personnages féminins avec une personnalité marquée je dirais...

Pour ce qui est du sexisme dans les romans, je pense qu'il y a une différence entre un monde sexiste et une histoire sexiste. Même sans écrire de l'historique, il y a du sexisme (et du racisme aussi) dans l'univers que j'ai créé, mais ça n'empêche pas qu'il y ait des personnages féminins très fort qui doivent vivre avec (certaines en s'adaptant à ce qu'on attend d'elle, et d'autre en s'y opposant, bref en existant telles qu'elles sont)... C'est vrai que si on tient à respecter l'histoire, c'est assez obligé de mettre de la discrimination, mais il me semble important aussi à l'époque à laquelle on est de présenter cette discrimination de façon négative, sinon ça revient simplement à véhiculer de mauvaise image auprès des lecteurs

Merci pour ton commentaire !

On est assez d'accord : quand on écrit dans un cadre historique, c'est normal de respecter jusqu'à l'idéologie de l'époque aussi nauséabonde soit-elle. L'important, c'est de ne pas la cautionner par les paroles, les pensées et les actes du héros/de l'héroïne.

Le roman passe le test !

J'essaye aussi de faire gaffe à mes descriptions et à ne pas trop sexualiser (ou alors à sexualiser aussi les hommes) mais si une description se fait par l'oeil d'un personnage un peu limite, la transposition de son regard sera lui aussi un peu limite.

J'avais lu un article à ce sujet sur un blog dont je ne me souviens absolument pas du nom mais qui avait fait pas mal de bruit. J'avais d'ailleurs fini par me prendre un peu la tête avec l'autrice qui selon moi était bien trop radicale (impression renforcée par le fait qu'elle m'a plus ou moins envoyée chier sans chercher à comprendre qu'on puisse penser différemment d'elle (à moins que je lui ai donné l'impression de l'agresser en premier lieu ??)). Autant je trouvais que certaines remarques étaient pertinentes, autant je trouve que d'autres ne servaient à rien.

Je pense que, ce qu'il faut surtout regarder, c'est par exemple est-ce que la fille peut se débrouiller toute seule au moins une fois dans sa vie ou est-ce qu'elle a toujours un mec pour la tirer d'affaire ? Quelle image est-ce qu'elle renvoie ? Par exemple, il y a quelques jours j'ai écrit une scène où c'est le personnage féminin qui abreuve un étranger avec ses connaissances poussées sur l'Histoire du pays. Je n'ai pas voulu rendre cette scène féministe, c'est simplement que, de part son parcours, c'est ce personnage-là qui était le plus à même de faire cet exposé. En fait, c'est ça aussi le truc : il faudrait des femmes qui sont femmes parce que ben... elles sont nées comme ça, et pas des femmes qui sont femmes parce qu'on a besoin d'une femme dans le scénario.

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