Prologue ou pas ?

prologue

Aujourd'hui, je voudrais m'attaquer à un sujet qui déchaîne les passions et fait couler beaucoup d'encre : le prologue.

En effet, quand je vous ai fait part sur les réseaux sociaux que j'entamais la correction de mon roman, on m'a fait la remarque que la première chose que j'avais à faire était de supprimer mon prologue. Ce à quoi j'ai répondu que, non, je ne devais pas supprimer mon prologue ou le transformer en chapitre 1.

Toutefois, la question du prologue me taraude depuis longtemps — depuis que je l'ai écrit, en vérité — et je me suis dit que l'occasion était trop belle et que j'allais en profiter pour en discuter avec vous.

Et donc, peut-on écrire un prologue ? Telle est la question.

Afin de mettre un terme à ce suspens insoutenable, je vais vous répondre dès à présent : Oui, on peut, mais...

Qu'est-ce qu'un prologue ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je pense qu'il est indispensable de définir ce qu'est un prologue. Voici donc 3 définitions sur lesquelles je compte me baser pour illustrer mes propos :

Le prologue (du grec προ (pro) : avant, et λóγος (logos) : discours) est la première partie d’une œuvre littéraire ou la première scène d’une œuvre dramatique, faisant office de préface, d’introduction ou de préambule, et servant à situer les personnages et l’action de l’œuvre en exposant divers points essentiels à connaître pour l’intelligence de la pièce.

Wikipedia

Ce qui prépare, annonce quelque chose ; prélude, préliminaire.

Larousse

Introduction servant à présenter des événements antérieurs à l'action proprement dite dans une oeuvre théâtrale, lyrique ou cinématographique.

CNRLT

Un prologue, c'est donc un texte court qui n'appartient pas au schéma narratif de l'histoire qu'il introduit mais qui se déroule avant (flash-back) ou après (flash-forward) celle-ci. Un prologue est une entrée en matière qui présente un événement, un personnage et/ou un environnement qu'il est indispensable d'expliquer au lecteur pour s'assurer de sa bonne compréhension du récit.

Au vu de cette définition, il est donc impossible de décider, de façon plus ou moins arbitraire, qu'un prologue est à supprimer d'emblée ou à transformer en premier chapitre. Je pense que chaque prologue est un cas particulier et qu'il faut se questionner pour savoir s'il faut le conserver, le transformer ou le supprimer.

Mais surtout, un prologue doit être court. Ça ne sert à rien de pondre une tartine de 50 pages ! N'oubliez pas que vous êtes censés raconter votre histoire, pas comment elle s'est mise en place. Gardons à l'esprit que c'est l'histoire qu'on veut lire et non le prologue. Si vous voulez vraiment développer tout ça en long en large et en travers, alors laisser tomber le prologue et écrivez une préquelle Wink
Personnellement, j'aime les prologues qui font maximum 2-3 pages A4 (+/- 1000 à 1500 mots).

Prologue vs Chapitre 1

Dans les différents articles que j'ai lus, beaucoup vous conseillent de transformer votre prologue en premier chapitre — quand il ne s'agit pas de vous ordonner de le brûler sans autre forme de procès...
Mais pourquoi ce ne peut pas être toujours le cas ?

A l'instar du prologue, le premier chapitre a, lui aussi, un rôle bien défini et on ne peut pas en faire n'importe quoi. J'ai beau être une farouche opposante à tous ces schémas prédéfinis vous garantissant fortune et succès — du type le voyage du héros —, je n'en reste pas moins convaincue que certaines choses doivent suivre des règles et des codes bien établis afin de ne pas perdre le lecteur. Le prologue et le premier chapitre en font partie.

Le rôle du premier chapitre est de présenter le ou les personnages principaux ainsi que le lieu de l'action. Il donnera souvent les prémices du conflit relaté dans le roman.

Ainsi, un prologue résumant un fait historique majeur (une guerre, une naissance, une mort, une prophétie,...) dans l'univers considéré et qui ne fait pas partie de l'histoire du héros mais bien du contexte dans lequel il va se trouver n'a pas sa place en premier chapitre. En revanche, la présentation de votre héros (sa naissance, son entrée dans le camp militaire, le jour de son couronnement,...) est à mettre dans un chapitre 1, quitte à faire une ellipse temporelle entre votre chapitre 1 et votre chapitre 2. Vous savez, un petit « Dix ans plus tard. » en italique au début du chapitre 2.

En conclusion, le chapitre 1 est une introduction du récit et le prologue une contextualisation de l'histoire.

Les pour et les contre

Il existe toutefois des arguments pour et contre les prologues, mais chaque argument n'est pas réellement un cas absolu, à mon sens. Il existe toujours des cas particuliers qui peuvent être considérés comme à part.

Les pour :

  • La présentation du contexte : dans le cadre d'un roman de fantasy ou de science-fiction, le prologue permet d'expliquer des données complexes quant à la situation géo-politique de l'univers, la culture, une prophétie, une série de lois, une guerre,... toute information indispensable au lecteur pour bien comprendre dans quoi il s'embarque.
  • Le présage d'une catastrophe : par ce biais, on peut laisser entendre qu'un événement majeur (une guerre, une catastrophe naturelle ou encore un revers dans la vie d’un des personnages) pourrait se produire en fonction des décisions prises et actions menées au cours du récit.
  • Le flash-back : on peut raconter un événement passé qui aura de l’importance plus tard dans le récit.
  • Le flash-forward : on peut raconter un événement qui se passera après le récit ou à la fin de celui-ci de manière à forcer le lecteur à se poser des questions.

Les contre :

  • Pour être à la mode : le prologue ne doit pas être une mode, mais bien une nécessité à l'histoire, on ne choisit pas d'écrire un prologue "pour faire comme tout le monde".
  • C'est obligatoire : certains auteurs de fantasy se croient obligés d'écrire des prologues et bien que ceux-là se rassurent, je n'ai croisé aucune loi ni aucun décret qui nous y contraint.
  • La présentation des personnages : comme je l'ai dit plus haut, la présentation des personnages se fait dans un chapitre 1.
  • On a peur que le lecteur ne comprenne pas : gaver le lecteur d’informations et de données afin d'être assuré-e qu'il comprenne tout ce qu'on va lui raconter c'est un peu le prendre pour un imbécile. A partir du moment où il se penche sur un univers fantasy ou science-fictionnel, c'est qu'il estime avoir les capacités intellectuelles et imaginatives nécessaires pour comprendre et apprécier un roman imaginaire. Ou alors c'est qu'on a de sérieux doutes sur ses propres capacités rédactionnelles.
  • Commencer par de l'action : commencer par de l'action pour donner un premier élan dynamique à son livre mais poursuivre avec un premier chapitre plat va donner au lecteur la sensation de s'être fait avoir, ça risque de le décevoir plus que de lui donner envie de continuer.

Comme dit juste avant, chaque prologue est singulier et je pense qu'il doit faire l'objet d'un questionnement rigoureux et, surtout, unique, on ne peut pas se permettre de faire des généralités.
Pour savoir si vous devez conserver votre prologue, posez ces excellentes questions proposées par Marièke du blog Mécanismes d'histoire à vous-même et à vos bêta-lecteurs :

  • Votre prologue apporte-t-il quelque chose au lecteur ?
  • Votre prologue donne-t-il envie de lire la suite ?
  • Votre prologue gêne-t-il la lecture ?
  • Votre prologue est-il nécessaire à la compréhension du récit ?

Le cas de mon prologue

J'aimerais vous exposer mon propre questionnement à propos de mon prologue en guise d'exercice pratique — je veux vos copies sur mon bureau lundi matin à 9h pétantes. Wink

Quand j'ai commencé à travailler sur mon récit, je ne voulais pas nécessairement de prologue, je me disais que je verrais bien si l'envie ou le besoin se faisait sentir. Finalement, en écrivant mon dossier sur la magie de mon univers, j'ai écrit un court texte pour expliquer comment les humains ont pu commencer à manipuler la magie (le Flux, dans mon univers). Il s'agit également du récit d'un événement qui a changé la face du monde et qui a eu d'énormes conséquences, bonnes et mauvaises.
Une fois qu'il fut écrit, il m'est apparu que ce serait un prologue parfait. J'ai donc installé ce texte, assez naturellement, à sa place de prologue qu'il occupe encore actuellement.

Seulement, à présent que mon premier jet est terminé, je me rends compte que ce prologue n'est peut-être pas nécessaire pour la bonne compréhension de l'histoire et de l'univers puisqu'on développe une bonne partie de ce qui y est expliqué plus loin dans le récit. En revanche, il donne de la profondeur à l'univers et, pour moi, c'est très important. J'ai souvent lu des romans dont l'univers fantasy restait souvent superficiel. Les informations qu'on nous donnait ne servaient qu'à l'histoire et non à approfondir le monde dans lequel on évoluait. Or, j'estime que c'est primordial de soigner chaque détail afin que le lecteur sente qu'il change d'univers et pas seulement qu'il lit un livre.

Mon dilemme cornélien se situe là : dois-je supprimer mon prologue car il n'a pas vraiment de réelle utilité explicative ou le garder parce qu'il participe à rendre mon univers plus complet ?

Bien évidemment, je ne vous demande pas de répondre à cette question pour moi. Je m'en chargerai toute seule, comme une grande, une fois que mon roman sera passé entre les mains de mes bêtas-lecteurs. Je voulais toutefois vous exposer mes interrogations au cas où ça pourrait vous aider dans les vôtres.


Et vous ? Dans quel camp vous trouvez-vous ?

Commentaires

Je suis contre le prologue d'exposition. Je trouve qu'il sert à l'auteur à expliquer sans se fouler, en tell, ce qui devrait transparaître de l'histoire. En gros, il s'agit de paresse et de facilité. Je n'ai jamais vu de prologue de ce type nécessaire, et souvent le lecteur le passe en baillant et a oublié la moitié quand il arrive au chapitre 1.

D'ailleurs dans les définitions, on parle surtout de théâtre. Et au théâtre, le spectateur ne voit que la scène. S'il voit des colonnades, il ignore s'il s'agit de Grèce antique, ou de Rome, par exemple. Sans compter que les pièces de théâtre sont souvent historiques, et il vaut peut-être le coup de rappeler que untel à fait ça, avant de lancer l'intrigue.

Mais en littérature, les problèmes du théâtre ne s'appliquent pas et il y a beaucoup plus de moyens de présenter l'univers et les personnages, sans faire de voix-off.

Ceci dit:

J'aime bien les "prologues" de George Martin. En gros ils présentent un personnage, qui ne survivra en général pas à ce chapitre, et nous met dans l'action, pour présenter un point de l'univers que les protagonistes ne découvriront peut-être pas. Là, ça passe. De justesse. Mais quelque part, c'est plus un chapitre 0 qu'un prologue d'exposition.

Ou, j'apprécie aussi les petites touches de lore, en début de chapitre (mais que ça reste court). Cela peut permettre d’approfondir des notions, d'expliquer des détails, sans entacher le récit. Là je dis pourquoi pas.

Mais sinon, le prologue d'exposition, au bûcher, oui. Pas de procès, rien. Zou !
S'il est nécessaire pour comprendre l'histoire et le monde, c'est qu'il y a un problème, et il vaut mieux se consacrer à résoudre ce problème, que de mettre un pansement en début de bouquin.

Pour moi un prologue sert à intriguer le lecteur en lui présentant un événement ou une information troublante, sans en dire trop, afin de créer un "mini suspens" et lui donner envie de se lancer dans l'histoire pour comprendre de quoi il retourne. Il doit être un peu séparé du reste de l'intrigue, par exemple de façon temporelle en flash-back ou flash-forward comme tu le dis dans ton article.
Cependant toutes les histoires ne sont pas adaptées à ce genre de technique. Certaines gagnent à avoir un prologue, d'autres non. A l'auteur de voir comment il sent la chose, si ça rend bien ou pas, si ça apporte quelque chose ou non.
Le tout, à mon avis, c'est que le prologue ne soit pas trop explicatif. Car quand on part dans des explications, en général ça devient un peu long... Pour un début d'histoire il faut quelque chose de court, d'intrigant, qui éveille la curiosité. Une ou deux pages peuvent alors suffire. Mais dire d'emblée que les prologues sont à supprimer obligatoirement c'est assez ridicule comme raisonnement ; chacun fait comme il veut, sans quoi la créativité et l'originalité ne sont plus possibles ! Ca dépend vraiment de l'histoire et de son esprit, il n'y a pas de règle absolue dans ce domaine à mon avis.

Je suis totalement d'accord avec toi. Je pense que les détracteurs du prologue n'ont pas le droit d'être catégorique. Je pense également qu'il y a aussi tous les avis chez les lecteurs.

Le truc, c'est que les éditeurs peuvent l'être (catégoriques j'entends).

J'avoue que si je reçois un manuscrit avec un prologue, je suis davantage sceptique que pour un texte qui n'en a pas (et si en plus y a les mots "chroniques" ou "prophétie" dans le titre, je n'en parle même pas). C'est peut-être que moi, mais je n'en suis pas sûr.

En sachant que les éditeurs ont 9 fois sur 10 le dernier mot en ce qui concerne le remaniement de manuscrit, c'est dommage d'être catégorique à ce point, surtout si on sait que l'éditeur peut demander à ce que l'auteur le remanie/transforme en 1er chapitre/supprime. Il en va de même pour le titre, comme c'est un argument de vente, l'éditeur aura le dernier mot dessus aussi.
Du coup, qu'un éditeur entame un manuscrit à publier avec des préjugés alors qu'il contient un prologue ou un titre avec prophétie ou chroniques dedans, c'est triste. Se tromper sur le titre ou écrire un prologue n'assure pas que le roman soit mauvais. De la même manière, avoir un titre qui déchire et ne pas avoir de prologue ne garantit pas que le roman soit de qualité.

Je trouve dommage d'être catégorique à ce point (à propos d'un manuscrit non publié) juste parce qu'un titre provisoire ne nous plaît pas ou qu'il y a un prologue. Ça nous fait partir avec des a priori qui n'ont parfois (souvent ?) pas lieu d'être.

De la même manière qu'on ne juge pas un livre à sa couverture, j'estime qu'on ne devrait pas non plus le juger à son titre, son résumé ou son prologue, mais à l'ensemble de son contenu.

En théorie, bien sûr. Tu as raison. Mais dans les faits, ce n'est pas si simple.

Déjà, il faut savoir que l'immense majorité n'est pas publiable et que le but de l'éditeur est de repérer rapidement celui qui le sera. Voilà pourquoi je parle de scepticisme. Quand on ouvre un manuscrit, on se dit rarement "vais-je tomber sur un trésor?", mais plutôt "j'espère ne pas perdre mon temps". C'est triste, peut-être, mais vraiment, vu la majorité des manuscrits impubliables, ça se défend. Et ça n'empêche pas d'être heureux de tomber sur un trésor, mais le regard est très critique.

Donc pour le titre, si sur 10 manuscrits dans la pile, tu en as qui se nomment "Les chroniques de machin", déjà il y a un mauvais à priori. La lecture commence par "est-ce que c'est aussi cliché que le titre", car ça n'a pas suscité l'intérêt. Puis, un auteur qui a un titre de ce genre, la question vient très vite de l'originalité. S'il n'est pas original dans son titre, le sera-t-il dans son texte ? Je sais que trouver un titre n'est pas facile, et qu'il peut être amené à changer, mais malgré tout, un bon titre est un gage d'originalité et de qualité. Un mauvais titre, c'est aussi un indicateur.

Ensuite, un éditeur, en général, lira les premières pages et, si ça lui plaît, ira plus loin (donc si c'est mauvais, même sans prologue et avec un bon titre, on ne va pas plus loin). Si les premières pages sont un prologue, et même s'il sait qu'il peut négocier avec toi derrière (mais il ne peut pas l'imposer), et que ça ne lui plaît pas, il n'ira peut-être même pas jusqu'au chapitre 1 (et pourra passer à côté d'un chef d’œuvre... mais il y a quand même peu de chance). Parce qu'encore une fois, il a 9 autres manuscrits qui attendent derrière. Plus un texte demandera de modifications, plus ce sera compliqué pour l'éditeur et ça le refroidira. Parce qu'il ne connait pas forcément l'auteur, certains ne veulent rien modifier, et puis ça lui prendra du temps, de l'argent, etc.

L'auteur a tout intérêt à mettre toutes les chances de son côté. La présence d'un prologue n'est bien sûr pas rédhibitoire si c'est bien fait, mais ça peut représenter un handicap.

Pour reprendre l'expression: oui, on ne juge pas un livre à la couverture. Mais bien souvent, on l'achète par sa couverture, et après seulement, on le juge. Et c'est pareil pour un manuscrit.

Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit.

Seulement, j'ai l'impression que nous avons chacun notre propre vision générale du prologue et c'est là qu'on est pas d'accord ! XD

Quand je parle de prologue, je pense à tout : le bon comme le moins bon. C'est pour ça que je parle de juger un prologue au cas par cas.

Pour rependre le seul point avec lequel je suis d'accord dans l'article de SF Zone (http://www.sf.zone/pourquoi-il-faut-bruler-ton-prologue-science-fiction/), le prologue de Star Wars IV est nécessaire, sans ça on serait perdu dans le contexte politique complexe de l'histoire (idem avec le prologue des films du Seigneur des anneaux).
Je suis persuadée que dans certaines histoires, le prologue est nécessaire et pour d'autres pas. De la même manière, dans certains cas, ils peuvent/doivent être raccourcis.

Quand je parle de prologue, je fous tout dedans : ceux que j'ai adorés, ceux que j'ai détestés, ceux que j'ai oubliés, ceux que j'ai trouvés nécessaires, etc.

Concernant le titre, certains peuvent juste être donnés de telle manière qu'il n'y ait aucune équivoque quant au genre du livre, préférant la sûreté de la compréhension du lecteur potentiel (dans le but de viser les habitués du genre, par exemple) à l'originalité. Je pense que le titre dépend aussi du public visé : on met pas le même titre pour des fans d'Epic Fantasy de la première heure que pour des jeunes de 20 ans qui font leurs premiers pas dans l'imaginaire (on ne leur fait pas lire les mêmes livres non plus, d'ailleurs).

En fait, dans mon commentaire je disais que c'était le prologue d'exposition, qu'il fallait brûler, mais je n'ai peut-être pas bien expliqué ce que j'entendais par là. Pour moi, il s'agit d'une présentation racontée (et c'est le mot le plus important) des enjeux ou du monde, dans le but d'informer le lecteur et de lui donner du contexte.

C'est un film, mais le prologue de Sin City premier du nom est extraordinaire. On présente en une scène un personnage, qu'on reverra à peine, et toute l'ambiance et la noirceur de l'univers s'y trouve résumée. C'est carrément une scène qui aurait pu servir de bande annonce. Mais elle fonctionne un peu sur le principe d'une histoire courte. Si c'était un roman et non un film, l'intro serait une nouvelle (même en la marquant comme prologue).

Et surtout, c'est du "show".

Si on avait commencé par: "Sin City, de son vrai nom Basin City, est l'antichambre de l'enfer, un lieu ou la corruption, le crime et la prostitution sont monnaie courante, depuis la crise industrielle des années 70...", ça n'aurait pas marché du tout. Et pourtant, c'est presque le même contenu. Mais c'est raconté, et ce n'est pas montré, et c'est là que réside le problème.

Pour Star Wars, le prologue introduit un film, qui a donc un temps plus limité par essence pour montrer son intrigue. Et ce prologue est fun, parce qu'il est en jaune, en 3d, et que la musique de John Williams est géniale. Mais, au moins dans le tout premier, il est inutile. L'enjeu et le conflit se comprennent très vites avec la première scène. Pour les films suivants, c'est autre chose, car cela comble les ellipses, mais pour A New Hope, on aurait pu s'en passer pour comprendre l'histoire. Et d'ailleurs, s'il s'était agi d'un livre et non d'un film, il aurait été gênant. Il y a bien des prologues dans certains Star Wars de l'univers étendu, notamment le début du cycle des Vong, mais c'est un prologue montré, et non pas raconté.

Pour le Seigneur des Anneaux, celui du livre me paraît inutile et, aujourd'hui, gênerait un éditeur. Dans mes souvenirs, on nous présente Sauron, et l'anneau. Or, les héros doivent aussi apprendre de quoi il s'agit, et il y a les sages (Gandalf, les Elfes) pour leur expliquer. Pourquoi nous le donner à nous, lecteurs, avant ? à part se noyer dans les noms, il y a peu d'intérêt. Mais la force du Seigneur des Anneaux réside dans sa création d'univers, pas dans sa façon de raconter une histoire, et dans le fait que c'est un précurseur.

Sinon, le fast-forward, j'en ai usé pour Love Bites. J'y ai réfléchi, suite à notre discussion, et j'ai compris que son intérêt résidait dans l'ironie dramatique qu'il produisait. En donnant des informations sur "comment les choses vont mal tourner" au lecteur au début, on capte son attention, et on formule pour lui la question "comment cela va-t-il se passer"? C'est une technique narrative qui marche parfois (Matrix Reloaded fonctionne sur le principe d'ailleurs), et qui peut se planter d'autres.

Bref, je ne veux pas passer pour un abolisseur psychorigide, mais je pense que le meilleur conseil à donner à un écrivain de SFFF sur le sujet, est de ne pas céder aux sirènes du prologue d'exposition, et surtout de ne pas le raconter comme dans un livre d'histoire. Et oublier de parler de la genèse du monde (ça doit encore arriver).

Oui... donc c'est exactement ce que je disais...

La contextualisation brève façon "résumé des épisodes précédents" pour situer le lecteur : oui.
Un cours d'histoire-géo : non.

Zaha et Dorian, ou les discussions de sourds ^^"

Généralement, je n'apprécie pas les prologues d'exposition, j'ai l'impression de me faire gaver de force d'informations indigestes.

Par contre, certains prologues se justifient selon moi : ceux qui forment un "teasing", par exemple. Ou, comme dans mon roman "La vengeance sans nom", ceux qui apportent un "à côté" au récit ou l'encadrent pour lui donner une nouvelle profondeur, voire une mise en abîme.

Certains prologues d'exposition sont très bien tourné au point qu'on ne se rend pas compte que s'en sont. Le tout, justement, c'est de bien amener les informations et de ne pas bombarder le lecteur de données plus ou moins abstraites.

Personnellement, j'ai beaucoup plus de mal à me plonger dans la lecture d'un prologue que dans celle d'un chapitre. Donc, lorsqu'il s'agit de commencer un nouveau roman, la présence d'un prologue me rebute - surtout s'il fait plus de 2 pages. Lorsque je ne connait rien à l'histoire ni à l'univers, je préfère le découvrir petit à petit que dans une longue explication placée au début, dont je ne retiendrai que la moitié.

Je suis d'accord avec Dorian Lake sur les "prologues" du Trône de Fer :-)

Je rédige toujours un prologue, je l'utilise comme un récit énigme qui sera éclairé ensuite par le roman. Pour bien le différencier du chapitre 1, je crois qu'il peut être intéressant de changer le point de vue.

Je suis assez d'accord. J'aime bien écrire des prologues pour "m'entraîner" d'une certaine façon et je trouve l'exercice de l'écrire d'un point de vue différent, très intéressant.

Perso j'ai une seule histoire avec un prologue et c'est un flash back enigmatique qui sera compris au cours de ma lecture. Mais faut vraiment faire gaffe que ça soit nécessaire. Ça l'est pas forcément effectivement.

C'est le genre de question que je ne me suis jamais posée. Je mets ce que j'estime nécessaire dans mon récit. Tendanô a un prologue extrêmement court, mais il en a un : c'était important pour moi que ce passage apparaisse. Pour le tome 1 d'Eldalarya, je sais d'avance que je n'aurais pas de prologue.

Je fais vraiment à l'instinct :)

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